Ornithomix : les mixes de field recordings de Dizonord
Un DJ set composé de sons d'oiseaux, de baleines et autres animaux : ça s'écoute dans les ornithomixes du disquaire Dizonord, en hommage à l'audionaturaliste Jean Roché.
Bienvenue, vous lisez Le chant des pinèdes, une newsletter qui interroge le rôle des pratiques sonores pour appréhender le monde qui nous entoure. Cette newsletter est éditée par le collectif Slikke qui opère depuis le Bassin d’Arcachon, dans le Sud-Ouest de la France. Face aux transformations à l’œuvre sur ce territoire, nous entendons mobiliser le médium artistique pour sensibiliser et rendre compte de ces mutations.
Cette newsletter est composée de trois parties :
Un entretien avec Xavier Ehretsmann, cofondateur du disquaire Dizonord, qui propose depuis quelques mois des « ornithomixes » : des DJ sets composés de field recording, en hommage à l’audionaturaliste Jean Roché.
Une revue de liens pour comprendre les transformations en cours sur le Bassin d’Arcachon, entre érosion du littoral, menace du Cap Ferret ou restauration du plus grand herbier d'Europe.
Un focus sur un enregistrement sonore d’huard Annea Lockwood, artiste néo-zélandaise.
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L’entretien : Xavier Ehretsmann
Chaque mois, retrouvez ici un entretien avec une personnalité du champ des pratiques sonores, de l’audionaturalisme, de la bioacoustique ou du monde de la recherche pour mieux comprendre la démarche de celles et ceux qui écoutent le monde. Ce mois-ci : Xavier Ehretsmann.
Auprès des amateurs et amatrices de musiques – qu’elles soient électroniques, traditionnelles ou pop –, le disquaire Dizonord s’est forgé en quelques années une solide réputation. Au point même de figurer parmi les meilleures références mondiales selon… le Financial Times ! Celles et ceux qui suivent le disquaire, en ligne ou en s’y rendant à Paris ou Marseille, auront peut-être réalisé l’intérêt prononcé de ses cofondateurs, Xavier et Vincent, pour une forme bien particulière de musique : les chants d’oiseaux, et plus généralement le field recording.
Plongés dedans grâce notamment à Jean Roché, figure de l’audionaturalisme en France et dans le monde, les deux têtes-pensantes de Dizonord se sont attristés de son décès le 1er avril dernier. « Nous continuerons à faire vivre dans nos magasins et au travers de notre performance-installation Ornithomix » ses archives et collections indiquaient-ils dans un post Instagram. Désireux d’en savoir plus sur l’approche d’un disquaire dans la valorisation du field recording et sur les liens qu’ils ont pu établir avec l’audionaturaliste, nous avons profité d’un de ces « ornithomix » pour aller à la rencontre de Xavier Ehretsmann à Lyon, dans le cadre du festival Chapelle Sauvage.
L’entretien avec Xavier Ehretsmann est à lire dans son intégralité ici. Nous en proposons quelques extraits ci-dessous.

Laurent Bigarella (Slikke) : Salut Xavier, merci de nous accorder de ton temps pour cet entretien. Nous nous rencontrons dans le cadre du festival Chapelle Sauvage à la Chapelle de la Trinité à Lyon. Tu viens d’y terminer un « ornithomix ». Peux-tu nous présenter ce dont il s’agit ?
Xavier Ehretsmann : L’Ornithomix, c’est un mix réalisé à quatre platines. J’utilise des CDs, des vinyles, parfois des morceaux sur clé USB. L’idée, c’est de créer un mix d’environ une heure à partir de field recordings – des enregistrements de terrain – et de chants d’animaux. C’est une manière de questionner la notion de « naturel », tout en proposant une expérience sonore immersive.
C’est aussi et surtout un moyen de partager la pratique du field recording qui reste assez méconnue du grand public. Le projet est né après notre rencontre avec Jean Roché, et la découverte de ses archives personnelles. Ça fait maintenant deux ans qu’on présente l’ornithomix un peu partout. On sent un vrai intérêt autour du concept. C’est à la fois très accessible et, paradoxalement, très pointu. On tient aussi à conserver une grande part d’improvisation : chaque performance est différente.
Peux-tu nous parler de quelques morceaux que tu as joué dans ton set Ornithomix pendant Chapelle Sauvage ?
La star, pour nous, c’est vraiment Birds of Venezuela. Ce disque a été une claque. Avec mon collègue Vincent, quand on a écouté l’intro, on s’est dit : « On dirait de la musique électronique ! » Il y a une montée en puissance, presque rythmique. C’est saisissant. D’autres enregistrements sont moins narratifs, plus bruts.
Comment est-ce qu’on recherche et découvre des disques de field recording ?
Ce sont des disques rares, et en tant que disquaire, on est un peu parmi les seuls à en parler régulièrement. Tout commence par une attention constante : ne pas laisser passer les occasions. Par exemple, notre rencontre avec Jean Roché nous a permis de récupérer une partie de ses archives. Depuis qu’on fait l’Ornithomix, on garde davantage ce type de disques, qu’on aurait peut-être laissés passer avant, parce qu’on sait qu’on pourra les intégrer à nos sets.
Une façon de trouver ces disques c’est aussi de piocher dans la collection de disques que vous avez récupéré auprès de Jean Roché directement. Comment avez-vous rencontré Jean Roché ?
Ça a commencé avec Birds of Venezuela. Dans notre travail de recherche de stocks neufs, pas forcément uniquement des disques d’oiseaux, on essaie toujours de repérer des choses pointues. En regardant les crédits, les noms des distributeurs, on les contacte souvent, et parfois, ces personnes ont un stock de 10, 20 voire 100 références. En tant que disquaires, on a besoin de ça pour pouvoir partager ces trésors avec un maximum de gens.

Quelle était l’approche de Jean Roché en termes de field recording ?
Sur Birds of Venezuela, il y a clairement une vraie création artistique. Mais sur ses autres disques, Jean Roché adopte davantage une approche de photographe : il choisit une période, un jour précis, son micro... Je ne sais pas s’il faut le considérer comme un artiste au sens strict. Il a surtout produit beaucoup d’autres artistes et créé un sillon qui a permis à d’autres de sortir leurs références.
L’entretien avec Xavier Ehretsmann est à lire dans son intégralité ici.
Revue de liens : échos du Bassin
Une mini-revue de presse et de liens pour comprendre et prendre compte des transformations en cours sur le Bassin d’Arcachon.
Face à l’érosion, le Conservatoire du littoral reprend à la ville le pilotage du plan de gestion de l’île aux Oiseaux (Sud-Ouest)
Les jours du Cap Ferret sont comptés (Rue89 Bordeaux)
Sur le bassin d'Arcachon, la délicate préservation d'une plante "refuge de la biodiversité" (France 24)
Une cinquantaine de personnes dénonce la pollution grandissante sur le Bassin d'Arcachon (Ici)
Une campagne pour soutenir la défense de l'environnement et la transparence sur le Bassin d’Arcachon (HelloAsso)
Bassin d'Arcachon. Vigilance face à ce gastéropode géant venu d’Asie (La Dépêche du Bassin)
Focus sonore : Annea Lockwood et le huard
Chaque mois, « Focus sonore » s’intéresse à un son. Un son enregistré dont son auteur ou son autrice nous raconte l’histoire. Ce mois-ci c’est l’artiste néo-zélandaise Annea Lockwood qui nous parle de la relation sonore qu’elle entretient avec le son du huard.
Le son des huards qui communiquent entre eux est profondément lié à mon souvenir de Ruth (Ruth Anderson, la compagne d’Annea Lockwood, ndlr). Nous avions construit une maison au bord d’un très grand lac dans le Montana, appelé Flathead Lake, et les huards allaient et venaient sur l’eau. Ruth avait grandi en aimant ce son – elle le recherchait toujours – et elle m’avait dit de le chercher moi aussi. Il est donc très étroitement associé à elle.
Quand j’ai créé l’œuvre « For Ruth », il était évident que les huards allaient y apparaître.
De façon très étrange, pendant une cérémonie commémorative que nous avons tenue pour Ruth sur la rive de ce lac un an après sa mort, un huard solitaire est apparu – juste au bord de l’eau. Vraiment, très près du rivage, beaucoup plus près que d’habitude. Ils restent normalement assez loin, au milieu du lac, mais celui-ci s’est approché, comme s’il était monté sur scène. C’était absolument parfait. Un huard solitaire. Il n’a pas poussé de cri, et nous n’en avons vu aucun autre dans les environs. Il a plongé, puis a disparu. C’était une apparition incroyable.
L’une des nièces de Ruth a murmuré : « Hello, Ruth. » C’était exactement ça. Elle avait vu juste. C’était si beau – une expérience magnifique et bouleversante. J’adore la sauvagerie du cri du huard.
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